Monsieur le Président,
Chers collègues.
Tentons de nous mettre dans la peau de ces milliers de pères et mères auxquels les conflits armés ont arraché quelques 300.000 enfants, l’équivalent de la moitié des enfants belges entre 10 et 15 ans. Pensons au dilemme cruel auquel ces enfants sont confrontés: tuer ou se faire tuer.
Comme père, je ne peux me résoudre à démissionner face à ce fléau!
Lors de ma récente visite en République Démocratique du Congo, j’ai été personnellement témoin de la détresse dans laquelle se trouvent les enfants pris au piège d’un conflit armé. Plus que toutes les statistiques disponibles, la rencontre avec une jeune fille abusée et mutilée m’a permis de réaliser l’horreur que constituent, notamment pour les enfants, les actes de violence sexuelle et autres barbaries.
Pour ma part, je suis convaincu que les enfants qui n’ont jamais connu que la guerre et qui ne doivent leur survie qu’à leur kalachnikov ne sont pas une cause perdue pour la paix et le développement. Ils en sont un élément essentiel.
Monsieur le Président,
Le problème des enfants et les conflits armés est connu ; il a été parfaitement décrit et analysé dans le rapport que nous a soumis le Secrétaire général. Il ne s’agit pas seulement d’une question de droits de l’homme, une question humanitaire ou d’assistance au développement. Il s’agit également d’une question de paix et de sécurité. Les recommandations faites, par le Représentant Spécial du Secrétaire Général, Madame Coomaraswamy, doivent être rapidement mises en œuvre. Trop de temps s’est déjà écoulé. Trop d’enfants ont déjà vu leur destin condamné.
Monsieur le Président,
Au-delà de la prise de conscience internationale qu’a permise la publication des listes des groupes armés, tant étatiques que non-étatiques, coupables de recrutement ou d’utilisation d’enfants, cette liste publique est surtout un instrument dissuasif important qui ne doit souffrir d’aucune concession. Avec la résolution 1612 et l’établissement du mécanisme de suivi et de rapportage, le Conseil de Sécurité dispose des informations essentielles pour agir et faire pression sur ces groupes armés qui ne feraient que peu de cas du droit international qui condamne sans ambiguïté le recrutement et l’emploi des enfants soldats. La protection des enfants dans toutes les phases d’un conflit armé n’est en aucun cas négociable. Il est de la responsabilité du Conseil de Sécurité de prendre les sanctions nécessaires vis-à-vis des individus ou groupes qui persisteraient à recruter des enfants. La lutte contre l’impunité – à travers des mécanismes de justice nationaux mais aussi internationaux tels que la Cour pénale internationale - est un préalable indispensable pour la réconciliation et une paix durable. Le récent transfert de Mathieu Ngudjolo de Kinshasa à La Haye est un pas supplémentaire dans cette direction que la Belgique soutient entièrement.
Monsieur le Président,
La violence sexuelle est un autre fléau qui requiert davantage d’attention de la part du Conseil de Sécurité et du système des Nations Unies en général. Dans ce contexte, une meilleure action onusienne renforcera l’efficacité la réponse que la Communauté internationale peut apporter à cette problématique.
Dans le cadre du monitoring et rapportage de la résolution 1612, ces violences ne sont prises en considération que si elles sont associées à l’existence d’enfants soldats. On ne peut se limiter à ces situations. La violence sexuelle dans le cadre des conflits a des conséquences dramatiques et de longue durée pour les populations concernées. Il s’agit d’une des pratiques de guerre les plus odieuses.
La Belgique plaide dès lors pour un renforcement du mécanisme de la Résolution 1612 en incluant également dans les annexes des rapports du Secrétaire Général une liste de parties dans les conflits qui sont responsable de violences sexuelles systématiques.
Monsieur le Président,
Lutter contre le phénomène des enfants soldats est un impératif qui doit tous nous mobiliser sans exception. Le Conseil de Sécurité doit encore s’y impliquer davantage. Il doit également encourager les autres instances onusiennes à maintenir la pression politique nécessaire pour mettre un terme à ces abus. Les Etats Membres et les agences et organisations internationales doivent traduire en actions concrètes les engagements pris. Pour ma part, je vous assure – tout comme l’avait fait notre Premier Ministre, Monsieur Verhofstadt, en septembre dernier lors du sommet du Conseil de Sécurité sur le Paix et Sécurité en Afrique – que la Belgique répondra à cet appel, sans ménager ses efforts. Dans le même ordre d’idée, la Belgique continuera à plaider en faveur d’un instrument contraignant visant à interdire les armes à sous-munitions qui touchent particulièrement les enfants.
Monsieur le Président,
J’ose croire que le débat d’aujourd’hui se traduira par un engagement renforcé de la part du Conseil. En 2002 lors de la session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies consacrée aux enfants, le Secrétaire général M. Kofi Annan s’était adressé aux enfants du monde en ces termes: «Nous, les adultes, avons malheureusement failli à notre devoir de défendre tous vos droits. C’est à nous, adultes, qu’il incombe de corriger toutes ces situations qui reflètent nos manquements».
Monsieur le Président,
Nous sommes aujourd’hui en 2008. Pourtant, les conflits armés dans les Kivus, en Colombie et dans les autres régions touchées font toujours des victimes parmi les enfants. Ces enfants ont droit, eux aussi, à une vie en sécurité. Il est de notre devoir de leur garantir ce droit fondamental.!
Je vous remercie, Monsieur le Président.