|
 |
 |
Charles Michel
| Ministre
Jeudi 22 mai 2008
Crise alimentaire mondiale
Charles Michel, ministre: Monsieur le président, chers collègues, vous avez raison de le dire. Depuis quelques mois, c'est important, il y a une prise de conscience du fait que cette question de la sécurité alimentaire est fondamentale.
La Belgique souhaite agir de deux manières. Premièrement, en réagissant de manière urgente pour faire face à l'immédiateté. Le prix du riz a augmenté de 40% en 2007 et 2,5 milliards d'êtres humains se nourrissent principalement de riz. Les causes de cette croissance sont bien connues, je ne vais pas y revenir. Même si on peut avoir un débat sur l'impact de chacune de ces causes, la question qu'il faut se poser est: que faire? Nous avons voulu, avec la ministre Laruelle, développer une position – que nous allons défendre au sommet de la FAO la semaine prochaine – qui soit cohérente, structurée et qui vise à forcer le débat sur la scène internationale.
Les projets de conclusion du sommet FAO nous semblent, à ce stade, trop faibles et nous souhaitons pouvoir, à partir de cette réunion internationale, exprimer une position précise et concrète. Cette position repose sur le constat qu'il est essentiel et fondamental de renforcer la productivité des agriculteurs locaux dans les pays importateurs nets de produits alimentaires, essentiellement des pays africains. L'objectif est d'atteindre l'autosuffisance alimentaire en 2015. Le premier objectif du Millénaire dit qu'il faut réduire de moitié la pauvreté pour 2015. Il y a donc là un lien très étroit, que nous souhaitons faire, entre ces deux objectifs.
Nous avons deux propositions précises. Tout d'abord, plaider. La Belgique s'engage à montrer l'exemple pour faire passer la part de l'aide publique au développement consacrée à l'agriculture, de manière structurelle pour renforcer les capacités des agriculteurs locaux, d'environ 5%, qui est la moyenne européenne (6% pour le Fonds européen de Développement), à 10% en 2010 et à 15% en 2015. C'est la progression que nous souhaitons pouvoir défendre dans le cadre de cette enceinte internationale.
Il va de soi que nous sommes bien conscients qu’on ne va pas réussir à intégrer ce type d’engagement dans les conclusions de la FAO. Par contre, on veut pouvoir ouvrir le débat à la FAO pour permettre, dans toutes les enceintes internationales où on va débattre de cette question – l’OCD, le CAD et les réunions qui auront lieu à New York au mois de septembre, la task force des Nations Unies mise en place par Ban Ki-moon – la défense systématique de cette position belge.
Deuxième élément, c’est le soutien aux achats locaux. Si on veut inciter les agriculteurs locaux des pays partenaires à développer leur productivité, il faut davantage renforcer le soutien aux achats locaux. La Belgique, depuis quelques années, a l’initiative en la matière. Là aussi, on veut préconiser, mais on ne donne pas de chiffres pour permettre un débat, une croissance progressive de la part de l’aide alimentaire qui est dédiée à des achats locaux. Il faut être attentif à ce que ce soient de vrais achats locaux pour éviter qu’en réalité ce soient des produits alimentaires importés qui, par la magie de la transformation des étiquettes, soient considérés comme des achats de produits locaux. C’est un élément qui n’est pas simple techniquement à mettre en œuvre mais on pense que le mécanisme multilatéral, notamment du PAM peut jouer un rôle important. Le PAM consacre chaque année plus de 800 millions de dollars à l’aide alimentaire. C’est 56% de l’aide alimentaire mondiale qui transite par le biais du PAM. Aujourd’hui, pour l’ensemble de l’aide alimentaire mondiale, 19% reposent sur des achats locaux. On souhaite faire progresser ce seuil 19%. Nous plaidons pour un engagement, phasé sur quelques années, pour tendre vers un objectif fixé afin de pouvoir comparer régulièrement les efforts réalisés par les différents bailleurs de fonds dans cette direction.
Source : www.lachambre.be
|
 |