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Charles Michel | Ministre

Vendredi 13 juin 2008

Carte blanche

Sécurité alimentaire: l’exigence de sincérité

Alors que le Sommet de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) s’est achevé à Rome, une déclaration finale, adoptée par consensus, exhorte la Communauté internationale à accroître son aide aux pays en développement, en particulier les pays les moins avancés et ceux qui sont le plus touchés par la hausse des prix alimentaires.

Les principales victimes de la crise alimentaires sont les plus pauvres des pauvres, le milliard de personnes dans le monde qui tente de survivre avec moins d’un dollar par jour et qui doit consacrer plus de 80 % de ses maigres revenus à nourrir sa famille.

Chaque 5 minutes, 10 enfants dans le monde meurent de faim.

Chaque année, quelques 850 millions de personnes sont victimes de la faim, 100 millions de plus ces derniers mois.

Et pourtant, notre terre dispose largement des ressources  potentielles pour alimenter les filles et les fils de l’humanité.

Le «Droit à une alimentation adéquate» est un Droit naturel pour la population, un droit reconnu depuis l'adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme en 1948 et repris au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966, ratifié par quelques 145 pays.

Le «Droit à une alimentation adéquate» est aussi un Devoir pour les Autorités.

Un Devoir moral. Un Devoir de dignité, un Devoir d'humanité.

De nombreux experts se sont exprimés sur les causes de la crise alimentaire actuelle et je partage l'opinion selon laquelle cette crise impose une action d'urgence sur le plan humanitaire  et une action structurelle.

Mais le danger qui nous guette aujourd'hui est simple. Une mobilisation médiatique pendant quelques mois accompagnée de discours déclamatoires, d’effets d'annonces généreux. Et ensuite ?

J’ai défendu à la tribune de la FAO, deux propositions concrètes et opérationnelles pour enrayer cette crise alimentaire. Je ne peux que me réjouir que les  propos de la Belgique visant des mesures précises pour renforcer la sécurité alimentaire aient suscité un intérêt largement.

1. Il faut structurellement renforcer la productivité agricole et donc les capacités de production des agriculteurs locaux du Sud.  

L'Agriculture doit redevenir, comme ce fut le cas, dans les années 80, le secteur prioritaire de nos politiques communes de Développement. 17% du budget était alors consacré à l’agriculture, en 2006, seuls 3% étaient mobilisés.

A Maputo en 2003, l'Union Africaine s'était engagée à consacrer 10% de ses ressources budgétaires au secteur agricole.

En écho, la Belgique plaide pour que les Pays donateurs consacrent également 10% de leur Aide Publique au Développement à ce secteur vital à l'horizon 2010 et 15 % à l'horizon 2015  et ceci, en parfaite cohérence avec nos engagements communs en faveur des Objectifs du Millénaire pour le Développement et, en particulier, le premier objectif - réduire de moitié l'extrême pauvreté et la faim.

Un tel engagement international sur une piste de croissance et sur des délais constituent la meilleure manière de maintenir la pression politique maximale et est indispensable si nous voulons progressivement éradiquer la faim de la carte du Monde.

2. Il faut renforcer et intensifier la politique des achats locaux de denrées alimentaires.

Ceux-ci ne représentent que 19 % de l'aide alimentaire mondiale. C'est insuffisant.

Le Programme Alimentaire Mondial (PAM), suite à une implication extrêmement volontariste de la Belgique et de quelques autres pays, prend, de plus en plus, et de mieux en mieux en compte cette préoccupation. Il faut encourager et accélérer ce mouvement aussi bien dans le cadre de la Coopération multilatérale que bilatérale. Ici aussi, une piste de croissance progressive me semble être la bonne réponse.

Par ailleurs, quelques autres considérations doivent mobiliser notre volontarisme. Le renforcement de la recherche scientifique internationale, le soutien à la biodiversité, le transfert des technologies vers les pays du Sud et le meilleur accès aux intrants sont essentiels. Par ailleurs, le soutien à l'agriculture familiale dans le cadre d'un appui aux organisations paysannes de base participe aussi à défendre un prix juste et rémunérateur pour les agriculteurs. Enfin, la gestion durable et efficiente de l'Eau en lien avec les changements climatiques est également un enjeu capital.

Dans tous ces domaines, la Belgique dispose d’une expertise reconnue, tant au sein de son administration que dans ses universités ou dans le secteur privé. Nous avons le devoir de mobiliser ce réservoir de connaissances et de talents.

Le succès dans cette bataille pour «une sécurité alimentaire pour tous» est possible et est à portée de main si l’engagement politique, au plus haut niveau, 100 % sincère, nous conduit à travailler ensemble, en coordonnant les différentes initiatives dans un souci de parfaite efficacité.

A cet égard, la Belgique soutient la création de la Task force «crise alimentaire» mise en place par le Secrétaire général Ban Ki-moon  et plaide pour que les différents acteurs comme la FAO, le PAM et le FIDA assument parfaitement leurs responsabilités.

A Rome, la semaine passée, 192 pays étaient représentés. Avec 60 chefs d’état et des dizaines de ministres, nous avons dit notre engagement en faveur du droit universel à l’alimentation. Notre devoir commun est celui de la sincérité.

Ce n'est qu'à ces conditions que le 21ième siècle deviendra celui au cours duquel ce droit à l'alimentation  sera bien plus qu'une simple déclamation.

Il sera alors une réalité partagée au quotidien par l’humanité.

Charles Michel.

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