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Charles Michel
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Mardi 17 juin 2008
DEJEUNER – CONFERENCE A LA CHAMBRE DE COMMERCE, D’INDUSTRIE, D’AGRICULTURE BELGIQUE-LUXEMBOURG-AFRIQUE-CARAIBES-PACIFIQUE
Bruxelles, le 17 juin 2008.
Intervention de Monsieur Charles Michel, Ministre de la Coopération au Développement
«Coopération au Développement et Esprit d’initiative»
Monsieur le Président de la Chambre de Commerce Belgique-Luxembourg- Afrique Caraïbes Pacifique, Mesdames, Messieurs, les Administrateurs, Chers Membres de la Chambre,
C’est un honneur et un plaisir de prendre la parole devant les Membres de la Chambre de Commerce Belgique-Luxembourg-ACP. Huit semaines après mon retour d’Afrique, je suis particulièrement heureux de me retrouver parmi des hommes et des femmes, chefs d’entreprises qui s’attachent à développer des contacts, des échanges industriels, commerciaux et agricoles entre la Belgique, le Luxembourg et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.
Permettez-moi, tout d’abord de féliciter Monsieur Michel VAN DER VOORT pour sa récente nomination comme Président du Conseil d’administration de la Chambre de Commerce Belgique-Luxembourg-ACP.
Monsieur le Président,
Je vous souhaite plein succès pour vos nouvelles fonctions.
Je souhaiterais aussi féliciter et remercier Monsieur Bernard de GERLACHE pour le dévouement, le dynamisme dont il a fait preuve dans le cadre de ses 9 dernières années comme Président du Conseil d’administration.
Monsieur de Gerlache,
Votre parfaite connaissance du Continent africain, vos grandes qualités de visionnaire et de fédérateur ont été très précieuses pour le développement de la Chambre de commerce Belgique-Luxembourg-ACP. Je vous souhaite de trouver, dans vos activités futures, l’épanouissement et le succès.
«Coopération au développement et Esprit d’initiative» telle est la thématique sous laquelle j’ai souhaité placer ce «Déjeuner-conférence» car ce titre me permet, tout en vous évoquant les grandes lignes de force de ma note de politique générale, de souligner l’importance d’un cadre général nécessaire au développement de l’esprit d’entreprise et d’initiative.
Le Monde a besoin d’un plus grand nombre d’entrepreneurs désireux d’innover, de créer leur propre entreprise pour maintenir la croissance économique et un niveau de service public de qualité.
Cet esprit d’initiative, d’entreprise, doit donc être suscité, encouragé dès le plus jeune âge et nous espérons que le temps où l’éducation, la formation et l’esprit d’entreprise formaient deux mondes à part, sans grand point commun est bientôt révolu. Aujourd’hui, ces deux aspects sont de plus en plus liés, pour leur bénéfice mutuel. Dans une Communication de la Commission européenne intitulé « Stimuler l’esprit d’entreprise par l’enseignement et l’apprentissage», la Commission européenne préconise une approche systématique de la formation de l’individu, en faveur de l’esprit d’entreprise, de l’enseignement primaire jusqu’à l’université.
« L’esprit d’entreprise» peut se définir comme l’aptitude d’un individu à passer des idées aux actes. Cet esprit suppose de la créativité, de l’innovation, une liberté d’actions, une prise de risque ainsi que la capacité de programmer et de gérer des projets en vue de la réalisation des objectifs.
Croire en l’individu, investir dans sa formation, valoriser son savoir-faire et le développement de son esprit d’initiative sont les facteurs d’émergence du secteur privé comme première source d’innovation et d’emplois contribuant essentiellement à la croissance et donc visant à rencontrer le 1er Objectif du Millénaire pour le Développement, à savoir, la réduction de l’extrême pauvreté dans le Monde.
Le développement de l’esprit d’initiative repose d’abord et avant tout sur l’individu comme agent fédérateur des facteurs nécessaires au redéploiement économique. Sa réussite sera fonction de sa capacité d’innovation, à repérer et à mettre en valeur un nouveau produit ou service, en mettant l’accent sur sa qualité ou sa valeur ajoutée et en anticipant l’apparition d’un nouveau marché ou même en le créant.
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Même si la Coopération au Développement répond d’abord à un réflexe de solidarité et d’humanité, elle correspond aussi à une question d’intérêt mutuel car le sous-développement n’est pas uniquement un problème pour les populations du Sud mais aussi une menace pour les citoyens des pays développés.
Une Coopération au Développement moderne et efficace requiert la mise en œuvre de processus de réflexion, d’innovation et de changements politiques et sociétaux qui sont les conditions indispensables pour transformer les Etats partenaires défaillants en Etats responsables, dynamiques sur la voie du développement.
En plaçant la lutte contre la pauvreté au centre des préoccupations prioritaires, il est de la responsabilité des Gouvernements des pays en développement d’élaborer et d’appliquer des stratégies de développement ambitieuses pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le Développement, en travaillant étroitement avec les organisations de la Société civile, le Secteur privé et les partenaires internationaux.
Créer les conditions favorables à la reprise de la croissance économique est de la responsabilité des Autorités des Pays en développement mais l’action de la Coopération au Développement peut les y encourager en contribuant à:
- La promotion de la mise en œuvre des principes de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption. Cette lutte contre la corruption pèse sur le secteur entrepreneurial, engendre une mauvaise allocation des ressources et des facteurs de productions et fait fuir les investisseurs. Il importe dès lors de mettre en œuvre des mesures pour l’endiguer. En contribuant par des programmes de développement à l’instauration d’Etats de droit, en renforçant le système judiciaire, en encourageant l’adhésion des pays africains à l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA), en suscitant des réformes dans les Administrations publiques, nous contribuerons ensemble à réduire les contre-performances économiques;
- Le développement des infrastructures de bases performantes et durables et en ce compris, l’accès à l’eau, les routes, l’électricité et les infrastructures portuaires: éléments favorisant l’implantation des PME dans le domaine de la Construction mais aussi dans le développement du Commerce Sud-Sud, Nord-Sud et Sud-Nord.
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Le soutien des réformes favorisant une intégration accrue des pays partenaires dans l’économie mondiale; notamment par l’éducation, la formation des ressources humaines en liaison avec la lutte contre les inégalités hommes-femmes et le rôle clé joué par les femmes au niveau de la croissance et de la lutte contre la pauvreté. Notre attention sera particulièrement marquée sur la participation des femmes au développement économique, notamment pour leur accès à l’emploi, facteur déterminant dans le processus d’autonomisation.
C’est, dans ces termes et dans un esprit de prise de responsabilité collective et mutuelle entre Etats, que notre action de Coopération au Développement pourra le mieux s’exercer.
En 2008, le budget de la coopération au développement augmente de 243 millions d'euros, en comparaison avec les réalisations de 2007, pour atteindre un montant global de 1,1 milliard, soit une augmentation de 28 % comparée aux réalisations de 2007.
Le Gouvernement a par ailleurs confirmé la volonté d’atteindre les 0.7 % du RNB en 2010. La Belgique est dès lors plus ambitieuse que l’Union Européenne qui s’est fixé 2015 pour atteindre cette norme.
L'objectif quantitatif de 0,7% du RNB est essentiel, mais ne peut cependant être considéré comme un but en soi. La qualité de l'aide doit être une préoccupation prioritaire. En 2008, il conviendra dès lors d'améliorer davantage le rapport qualité/prix de l'aide belge (efficacité et efficience de l'aide belge) en s'inscrivant résolument dans le cadre de la Déclaration de Paris sur l'efficacité de l'aide au développement, le Consensus européen pour la coopération au développement, et le code de conduite européen de mai 2007.
La Belgique appliquera le principe de base selon lequel l’aide n’est véritablement efficace que si le pays partenaire se l’approprie. Il ne suffit plus pour les bailleurs de fond de fournir des services aux populations en voie de développement. Il s’agit de contribuer au renforcement des structures de ces pays afin qu’ils acquièrent la capacité de fournir eux-mêmes ces services à la population.
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Ainsi, la Belgique utilisera davantage les nouveaux instruments d'aide et consacrera une attention particulière à la coopération déléguée et à l'aide budgétaire. En tant que bailleur de taille moyenne disposant principalement d'une expérience dans des secteurs spécifiques, la Belgique se consacrera principalement à une aide budgétaire sectorielle. De cette manière, elle pourra développer un portefeuille cohérent d'interventions dans des secteurs déterminés.
- Ainsi, la Belgique limitera sa participation active dans les pays partenaires à maximum deux secteurs. En réaction à la crise alimentaire mondiale, le secteur agricole et par voie de conséquence le développement agro-alimentaire redevient une priorité en tant que secteur productif.
- Enfin, dans une logique de cohérence, la Coopération au Développement belge, qui pour l'instant est organisée en canaux parallèles et strictement séparés devra être davantage décloisonnée pour une meilleure efficacité.
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
La Coopération internationale belge concentre, sur cinq secteurs, sa coopération bilatérale:
- Les soins de santé de base
- L’enseignement et la formation professionnelle
- L’agriculture et la sécurité alimentaire
- Les infrastructures de bases
- La prévention des conflits et la consolidation de la société, en ce compris le soutien au respect de la dignité humaine, des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
A ces secteurs, s’ajoutent de manière transversale diverses thématiques que je vois, comme prioritaires, telles que l’égalité Hommes-Femmes, les droits de l’Enfant, les préoccupations environnementales, le changement climatique ainsi que les enjeux du développement durable.
C’est en œuvrant à travers ces secteurs d’intervention que la Belgique a l’ambition de contribuer à la promotion des conditions-cadre macro économiques stables et au développement d’un cadre propice à l’émergence et à la facilitation des investissements privés et échanges commerciaux.
Il importe que l’Action de la Coopération au Développement soit de qualité et cohérente dans son ensemble et que nos moyens d’actions s’accordent de manière complémentaire.
Enfin, favoriser le développement du Secteur privé, comme élément essentiel pour la création d’emplois et l’amélioration durable des conditions de vie constitue le fondement de ma réflexion.
A l’inverse de ce que certains pensent, la lutte contre la pauvreté ne doit pas se limiter qu’à des investissements dans le domaine social: elle dépend d'abord et avant tout de la croissance économique et de la redistribution de la richesse. Et cette croissance provient en premier lieu d'investissements privés.
Le développement économique durable suppose donc:
- La négociation, lors de la préparation des Programmes Indicatifs de Coopération, d’un climat et d’un environnement favorables, propices au développement du secteur privé;
- L’émergence de contacts et de relations commerciales entre les entreprises belges et du Sud. A cet égard, votre structure en est un très bon exemple;
- Le soutien aux investissements directs dans le Sud.
A ce titre, BIO, la Société belge d’investissement dans les pays en développement est l’instrument créé par l’Etat belge pour soutenir le secteur privé dans les pays en voie de développement et créer des passerelles entre entrepreneurs privés et investisseurs.
Issue d’un partenariat public-privé (Etat belge – Société Belge d’Investissement International), sa mission consiste à favoriser, par ses investissements, l’existence d’un développement économique et d’un bien-être social durable.
Bio opère par le biais d’investissements directs, dans des PME, ou par le biais d’investissements indirects, dans des institutions financières ou des fonds d’investissements pour autant que les exigences en matière de critères financiers, économiques, sociaux et environnementaux soient rencontrées.
De part l’opérationnalité de ses divers instruments, BIO couvre le cycle d’investissement complet d’une entreprise depuis:
- la phase de pré-investissement (étude de faisabilité);
- la phase d’investissement (participation en capital et/ou prêts );
- la phase de post-investissement (financement d’assistance technique ou de formations).
Pour 2008, l’Etat a prévu d'augmenter les moyens alloués à BIO à concurrence de 15 millions d'euros et a prescrit de donner une priorité à l’investissement dans les pays partenaires, actuellement au nombre de 18. Cette priorité géographique a été renforcée en ce qui concerne l’Afrique centrale. Les conventions qui lient L’Etat belge à BIO fixent à celle-ci un objectif d’investissement de minimum 50 % de ses moyens dans les pays partenaires et d’au moins 10 % en Afrique centrale.
De plus, je suis convaincu que les synergies entre BIO, le Centre de Développement de l’Entreprise et les membres de votre structure seront encore renforcées à l’avenir afin rencontrer au mieux les différents besoins financiers et techniques du développement du secteur privé.
Mesdames, Messieurs,
Travailler à l’élimination des obstacles à l’esprit d’initiative, soutenir le secteur privé, comme maillon indispensable de la Coopération au développement, par des politiques publiques qui y sont favorables et coordonnées contribueront à améliorer le niveau de vie des populations, à accélérer les développements technologiques, à faire baisser les prix en stimulant la concurrence et à augmenter la base fiscale des pays, conditions indispensable pour financer les infrastructures, l’éducation et la santé.
Enfin, plus globalement, le soutien au commerce international dans les pays partenaires est également devenu une question prioritaire depuis 2008. Un certain nombre de nos pays partenaires ont signé un Accord de partenariat économique (APE) avec l'Union européenne qui libéralise le commerce de biens entre l'Europe et les pays en voie de développement concernés. La Belgique, comme d'autres donateurs, dégagera des moyens afin d'aider les pays concernés à pouvoir profiter pleinement de cette libéralisation. Tous les bailleurs se sont engagés auprès de l'OMC à libérer des moyens suffisants en faveur de mesures de soutien au commerce. Dans cette matière, les besoins diffèrent d'un pays à l'autre. Ces moyens peuvent être consacrés tant à la simplification des formalités douanières qu'à la formation des exportateurs quant aux exigences de qualité sur le marché européen, ou qu'à des infrastructures portuaires qui permettent de diminuer les coûts d'exportation, etc.
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Ce n’est qu’en associant davantage le Nord et le Sud, qu’en mobilisant les efforts publics et privés conjugués aux efforts des politiques gouvernementales que les Objectifs du Millénaire pour le Développement pourront être atteints.
Je suis convaincu que la relance économique ne pourra se faire sans un climat favorable aux investissements privés. Nous devons y accorder une attention particulière et prioritaire.
Mais l'aide que la Belgique peut apporter à nos partenaires du Sud ne se limite pas à la Coopération au Développement. Il y a dans notre pays un réservoir énorme de connaissances, de savoir-faire, de technologies et d'initiatives qu’il faut valoriser en faveur du développement.
Cet engagement que je vois dans tous les secteurs de la société et particulièrement à travers vous, le secteur privé, j'entends bien le mobiliser pour relever les défis de l’avenir et accompagner la réalisation de cet immense potentiel.
Je vous remercie de votre attention.
Charles Michel.
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